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U2 : le groupe tombé sur terre

 
Ca a été le moment où U2 a compris qu’il était mortel.

(NDLT : le titre de cette news "The Band who Fell to Earth" est un clin d’oeil au titre de la chanson de Spider-Man jouée hier "Boy falls from the sky")

Bono de U2 à Turin Italie sur la scène de la tournée à 360°, le 6 août dernier. Photo : Massimo Pinca. Source : AP

Bono, alors qu’il se préparait pour la reprise de la tournée mammouth de son groupe à 360° en mai, s’était gravement blessé au dos. Blessure qui avait nécessité une délicate intervention neurochirurgicale et une période de rééducation de huit semaines. Une nouvelle qui s’accompagnait du report de la partie américaine de ladite tournée et une annulation de la première participation dans la longue carrière du groupe irlandais au festival de Glastonbury.

Lecture rapide en avant jusqu’au 16 août. Ce soir U2 donne son 5e concert depuis la reprise de la tournée à Turin, il ya tout juste dix jours - le second d’affilée dans cette petite venue ("elle n’est même pas à 360°", de geindre le batteur Larry Mullen Jr), le stade de foot d’Horsens au Danemark.

Le Prince Frederik assistait au concert la veille et ce soir c’est le top modèle Helena Christensen qui fait office de royauté danoise.

Avant le concert, Mullen exprime sa surprise que son chanteur leader ne se soit pas blessé plus tôt dans sa longue carrière.

"Il est tombé de scène. Il trébuche régulièrement et se remet d’aplomb aussitôt, ça n’a jamais été un problème. Aussi, suis-je surpris... d’habitude, il retombe sur ses pieds !"

The Edge est moins enclin à faire des blagues narquoises sur le dos de Bono. Pour le guitariste, il s’agit plus d’une crise d’existentialisme.

"Nous sommes un groupe qui joue sous la grêle, la pluie ou le soleil et peu importe ce qui se passe physiquement, si l’un d’entre nous a la grippe, nous jouons. Aussi, ça a été un véritable choc pour moi lorsque j’ai finalement dû admettre que nous ne pouvions pas jouer. Lors de la tournée du Joshua Tree, Bono était tombé et s’était disloqué l’épaule. C‘est une blessure grave qui la plupart du temps met les joueurs professionnels sur le banc pendant au moins six mois. Lui, il a joué le bras en écharpe et a joué durant toutes les dates de cette tournée.

(NDLT : la preuve par l’image)

"Aussi, ça a été la première fois que nous nous sommes dit : ’Oh wow, en fait nous ne sommes pas surhumains’. En fait, il y a de la fragilité humaine dans notre groupe. Il nous a fallu le porter devant le conseil.

La super bonne nouvelle est qu’il a récupéré, je dirais, à 95 % son potentiel physique, à chaque concert, il semble se rapprocher de la super forme et sa voix est aussi bonne qu’elle l’a toujours été."

Qu’en est-il des bits vitaux de The Edge - aucun RSI (indice de force relative) ?

"Non, non pas que je n’ai pas cette étrange douleur, mais rien d’inquiétant. C’est simplement un truc flippant qui est survenu."

"Je n’en suis pas certain", de souligner Mullen, revenant sur la propension de Bono à chuter. "Je veux dire que cela fait des années qu’il abuse. Quand j’y pense, toutes les fois où il a bondi de la scène, les risques physiques..."

"Beaucoup plus à nos débuts aussi", reconnait The Edge. "Au départ, nous avons assumé que Bono vers la fin des concerts escaladerait les échafaudages, et à de nombreuses occasions il ne nous a pas filé la trouille de notre vie - parce que nous avions cette bizarre, confiance infondée qu’il irait bien - mais notre personnel de tournée tremblait dans ses pompes.

Une fois, il a plongé d’un balcon au second étage dans le public qui l’a rattrapé et une fois encore je me suis dit : ’c’est un peu trop là’, mais notre personnel de tournée lui était complètement dingue.

Je pense, qu’en partie, la raison pour laquelle Bono ne s’est jamais blessé durant un concert, est due au montant d’adrénaline dans son système. Il se perd tellement dans la musique qu’il possède cette endurance qu’aucune autre personne normalement constituée aurait."

Car tous ces podiums, pates ressemblant à des araignées et écran cylindrique géant d’une profondeur de 43 m à vous en faire fondre l’œil, pour le groupe, la surface de jeu à 360° est en fait tellement restreinte que si Bono venait à tomber, il trébucherait sur l’un de ses potes de groupe. (Ou peut-être qu’il serait momentanément aveuglé par le reflet argenté du pantalon de son bassiste Adam Clayton.)

Les petites zones de cette scène font que The Edge se sent exposé : "Nous sommes vraiment là d’une manière dont nous ne l’avons jamais été auparavant."

Mullen décrit cette scène comme étant : "En fait, assez intime. C’est seulement tous les trucs autour qui la rendent plus intimidante qu’elle ne l’est en réalité.

C’est un endroit incroyable pour jouer. Une véritable connexion s’établit avec notre public qu’il est difficile de trouver en stade. C’est certainement la meilleure scène sur laquelle j’ai jamais joué. Et je ne suis pas du genre à en rajouter, vous savez, je me lève, je fais mon boulot, je fais ce que j’ai à faire. Mais c’est sympa de se trouver sur une scène où l’on se dit : ’Ooh, c’est vraiment quelque chose’."

Peut-être que la plus grosse surprise est de voir Mullen, d’ordinaire récalcitrant, se lever de derrière sa batterie et se balader sur la scène avec un bongo. Bien qu’il soit difficile de deviner s’il apprécie ou non.

"Parfois cacher des choses pendant 30 ans, ça finit par nous retomber dessus, aussi les diverses grimaces sur mon visage n’ont pas nécessairement à voir avec le fait que je n’aime pas ce que je fais, il se pourrait que ce soit en gros dû au fait que j’ai une crampe dans la jambe", de déclarer notre batteur de 48 ans avec un sourire moqueur.

"Non, j’aime ça, c’est une sensation étrange. Je ne l’avais jamais fait avant, pas comme ça. Je l’ai fait en me trouvant en plein milieu et puis à l’arrière, mais en fait devoir se promener tout autour et jouer face aux personnes devant soi c’est différent.

L’on commence à comprendre combien on est merdique à jouer de ces instruments face à tant de personnes- ’M---, je suis vraiment mauvais, je ferais mieux de rentrer chez moi et de m’entrainer !’ "

Sur cette tournée européenne, la set comprend en moyenne quatre chansons du dernier album de U2, sorti l’an dernier, No Line on the Horizon - Get on Your Boots, Magnificent, I’ll Go Crazy if I Don’t Go Crazy Tonight et Moment of Surrender.

Bien qu’aucune n’ait été un tube capable de rivaliser avec ses ainées sur cette même set (comme Mysterious Ways, Elevation, New Year’s Day, With or Without You), elles assurent vraiment en live.

No Line on the Horizon s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires en un an et demi - ce qui est un résultat décevant au pays de U2. Lorsque Hit soulève ce manque de succès commercial, Mullen, qui vient d’entrer en portant son dîner (poulet et légumes au cas où vous vous poseriez la question) jette ses couverts dans son assiette et crie furibond : "Je n’en prendrai pas !"

Un groupe moindre ne plaisanterait probablement pas sur le sujet. U2, pourtant, est bien conscient de la situation de l’industrie musicale et de la place qu’il y occupe. L’accueil de cet album n’a pas entamé sa confiance.

"No Line on the Horizon, j’en suis toujours très fier et je pense qu’il s’élèvera contre nos meilleurs albums", de souligner The Edge. "Mais nous avons probablement sous-estimé l’environnement dans lequel il est sorti l’importance d’avoir peut-être une chanson qui cartonne.

Ca a renforcé ce point que pénétrer la conscience du public dans l’immédiat pour n’importe quelle sortie de musique est dur. Aussi, faut-il avoir une sorte de plateforme, un truc massif attaché à sa chanson, ou bien le super méga tube absolu qui fera tout le boulot pour soi... et je ne pense pas que nous ayons un quelconque de ces trucs."

La prochaine sortie de U2 sera-t-elle un album traditionnel ?

"Nous sommes ouverts", de rétorquer The Edge.

"Nous sommes ouverts à tout ce vers quoi la musique nous dirigera. Nous nous sentons un peu frustrés d’être contraints par le format du CD lorsqu’il existe toutes ces puissantes opportunités pour permettre au travail de sortir sur Internet dont nous ne faisons pas complètement usage. Mais on en revient à des questions fondamentales sur ce qui est le mieux pour la musique, et nous avons des contrats d’enregistrement, nous avons des contrats de distribution, il nous faut penser à ces accords, et également à comment nous serons payés", rit-il.

"Rien se s’est encore présenté de cette façon qui dirait : ’C’est ça ’, mais je ne peux qu’assumer que d’ici très peu de temps, il y aura plein de nouvelles choses très excitantes à faire en termes de manières dont la musique pourra être distribuée en utilisant Internet et nous serons immédiatement dessus dès qu’elles se présenteront."

Mullen croit que cette industrie a besoin d’une "balle en argent" qui changera tout, particulièrement pour les artistes naissant.

"Cela ne nous affecte pas, c’est trop tard pour nous, mais cela affecte un grand nombre d’autres personnes", explique-t-il.

"L’industrie de la musique avait-elle besoin d’un bon coup de pied au derrière ? Ouais, bien sûr. Les prix avaient-ils besoin de bouger ? Oui, bien entendu. Les gens y ont-ils droit ? Bien évidemment, qu’ils y ont droit. Mais les gens n’ont pas le droit d’avoir de la musique gratuitement. Le batteur de Blur fait partie de cette association qui fait qu’en gros tout le monde pourrait télécharger de la musique gratuitement.

C’est bien pour lui, il s’est fait suffisamment d’argent, il a une vraie carrière, en fait il marche très bien, merci beaucoup. Un grand nombre d’artistes ne peuvent pas se payer ce luxe. Aussi est-ce un peu injuste et de la tricherie.

C’est un problème qui va survenir dans un an ou deux et heureusement quelqu’un découvrira ce truc et se jettera sur son dos... ou peut-être à sa face, ce que je préférerais."

Si un ado futur musicien approchait Mullen dans la rue, notre vétéran le mettrait-il en garde de se lancer dans une carrière musicale ?

"Je ne les mettrais pas en garde, mais je pense que s’ils veulent faire carrière, ils devront le faire, les yeux ouverts."

En parlant avec Mullen et The Edge, l’on a le sentiment que U2 poursuivra quoi qu’il advienne. Nos Irlandais sont perpétuellement motivés à aller de l’avant par un sens de la découverte.

"Nous sommes toujours excités d’être en mesure de nous retrouver dans une pièce pour y faire un morceau de musique qui ne sonne vraiment pas comme de la m.....", de souligner Mullen.

"Au final, c’est ce qui nous motive, l’idée que nous puissions encore être excité par ceci, nous amuser, et avoir le sentiment que nous réussissons - essayons d’être meilleurs, malgré nous-mêmes.

Parce qu’aucun de nous ne l’est... Je veux dire que The Edge est probablement très bon, Mais nous autres... Je veux dire que nous sommes tous bons, très bons à être U2."

"Et le truc génial est que c’est tout ce à quoi nous devons être bons", de renchérir The Edge avec un large sourire.

"Heureusement, parce que c’est probablement le seul truc où nous soyons en mesure d’être bons."

En savoir plus : Herald Sun

Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article55003.html

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