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Le génie du studio, U2 et l’alunissage d’Apollo...

par Nick Kelly

A un moment dans le récent documentaire de la BBC4 sur Brian Eno, où l’on voit le producteur montrer sur son portable à Paul Morley les titres (en sauvegarde) qu’il a composés pour les nouveaux albums de U2 et Coldplay.

C’est un peu dangereux, admet-il, d’avoir les archives des deux albums sur le même ordinateur car il craint de se tromper au final et d’envoyer les mauvais fichiers au mauvais groupe. Pas tout le monde serait capable de faire la différence, ajoute-t-il malicieusement.

S’ensuit un incontrôlable éclat de rire de Morley, qui se cache le visage entre les mains.

Cet échange jovial vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir sur l’influence de ce super producteur âgé de 62 ans, et pionnier électro qui manie la musique moderne.

Eno, c’est évident, est le gars qu’il faut aller voir pour les groupes de rock à la conquête du monde ayant besoin de sorcellerie sonique en studio.

Ce Chris Martin et son groupe devraient demander à Eno de refaire son tour de magie qui a fonctionné de manière aussi spectaculaire pour Bono et ces gars ont montré un sérieux manque d’originalité de leur côté mais leur banquier ne s’en est pas plaint — l’album qui en a résulté s’est vendu à des millions d’exemplaires du Grand Manchester jusqu’aux confins de la Mongolie.

Ce documentaire propose également des images fascinantes d’Eno confortablement installé avec U2 au Slane Castle au début des années 1980, œuvrant aux morceaux de The Unforgettable Fire. Nous y voyons notamment Eno donner des directives, poussant Bono à donner son meilleur sur la prise vocale. Résultat, cet album a permis à U2 de percer véritablement au Royaume Uni.

En tandem avec son fréquent collaborateur Daniel Lanois (dont nous avons parlé dans ces mêmes pages, il y a quelques semaines de cela), Eno était de nouveau à bord pour saupoudrer de sa poudre magique sur The Joshua Tree — l’album qui a fait de U2 une marque internationale.

Depuis, Eno a coproduit presque tous les albums de U2, accompagnant la formation rock irlandaise partout ou presque de son studio sur le Hanover Quay de Dublin en passant par le sud ensoleillé français jusqu’aux toits du Maroc pour celui de l’an passé No Line On The Horizon.

Il a également fait une rare apparition sur scène au côté du groupe, au clavier, pour Miss Sarajevo en live avec Pavarotti dans la dernière ville où avait vécu le ténor à Modène en 1995.

Cette extraordinaire collaboration faisait partie d’un projet parallèle Eno/U2 intitulé Passengers, qui avait été alors vendu comme un enregistrement de bandes sonores pour des films imaginaires toujours pas réalisés.

C’est à peu près ainsi que Eno décrit son nouvel album, Small Craft On A Milk Sea (petit appareil sur une mer laiteuse). C’est le tout dernier d’une longue lignée de paysages sonores éthérés ambiants — virtuellement, Eno a inventé ce genre dans les années 1970 avec une série de disques qui incluait Music For Lifts (musique pour ascenseurs) et Music For Airports (musique pour aéroports).

L’un des morceaux non imaginaire était Apollo (plus tard rebaptisé For All Mankind), pour lequel Eno avait composé avec son frère Roger et Daniel Lanois pour un documentaire de la NASA sur les alunissages marquants d’Apollo.

Dans ce qui promet être l’un des événements musicaux de l’année, la bande complète sera interprétée en live mardi (NDLT : demain) au National Concert Hall par l’ensemble Icebreaker et le joueur anglais à la pédale d’acier BJ Cole. J’imagine que ce sera un peu comme regarder le 2001 Odyssée de l’Espace de Kubrick’s 2001, mais sans les ordinateurs assassins. Ou les singes.

Pour ce qui est du nouvel album, Small Craft... est remarquable pour marquer le début de la relation d’Eno avec le label Warp Records, douloureusement hip électronique, qui a entre autres nourri les talents ésotériques de Aphex Twin, Autechre, Squarepusher, etc.

Cet album a été enregistré avec l’aide de jeunes compositeurs / instrumentalistes, Jon Hopkins et Leo Abrahams. C’est ainsi qu’Eno en décrit la genèse. "Au début des années 19, j’ai découvert que je préférais les musiques de films à n’importe quel autre genre de disques", confie-t-il.

"Ce qui m’attirait chez eux, c’était leur sensualité et leur non fini— en l’absence de film, ils vous invitaient à les compléter dans votre tête.

Si l’on n’avait pas vu le film, la musique restait évocatrice — comme le parfum de quelqu’un flottant dans l’air qui vient de quitter la pièce alors que vous y entrez.

J’ai entendu les musiques de Nino Rota pour Fellini souvent avant d’avoir vu ses films et en les écoutant j’ai découvert que je pouvais imaginer avant même qu’il soit là tout un film ; et bien que généralement ça ne ressemblait en rien aux films de Fellini, l’idée m’est restée qu’une musique d’une certaine façon inachevée engage son auditeur dans un chemin particulièrement créatif."

 

 

La musique de Small Craft... est remarquable par la variété de ses textures. Elle va de l’aérien, au flottement, en passant par l’atmosphérique pour déboucher sur l’urgent, des passages aux percus qui semblent évoquer une psychose d’un certain genre. Aussi, si vous vous dites que cela va vous servir de fond sonore en faisant votre Sudoku, vous risquez vraisemblablement un réveil brutal de temps à autre.

"La plupart des morceaux de cet album résultent non pas de la composition dans son sens le plus strict mais de l’improvisation", d’expliquer Eno.

"Ces improvisations n’ont pas pour but de se transformer en chanson, mais plutôt en paysage, la sensation d’un lieu et peut-être la suggestion d’un événement.

"En un sens, elles manquent délibérément de ’personnalité’ : il n’y a ni chanteur, ni narrateur, pas plus qu’il n’y a de guide qui doit dire ce que l’on doit ressentir. Si ces compositions avaient été utilisées dans des films, le film complèterait le tableau. Telles qu’elles sont, elle sont l’image reflet des films muets — de films avec seulement le son."

 

Et l’on pourrait dire qu’elles sont également des images miroir, de la personnalité conduisant aux disques sur lesquels il œuvre avec U2 et Coldplay.

Small Craft On A Milk Sea sera dans les bacs cette semaine. Icebreaker et BJ Cole interpréteront Apollo : Atmosheres and Soundtracks de Brian Eno au National Concert Hall de Dublin, demain mardi à 20 heures.

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En savoir plus : The Irish Independent

Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article55371.html

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