U2, la religion, la drogue, le père … affaires non classées.

Publié le 10 Juin 2012

 
 
Lundi 4 juin, France 2 rediffusait un épisode de Cold Case - Affaires classées, saison 4, intitulé « 8.03 AM ». L’occasion pour U2france de revenir un instant sur la bande son de cet épisode, presque exclusivement composée de titres de U2.

La « setlist » de l’épisode mélange les genres, les époques, les styles, traversant l’histoire du groupe de 1987 à 2005 (l’épisode datant de 2007).

Setlist de la bande-son :

  1. Beautiful Day
  2. Window In The Skies
  3. Stuck In a Moment You Can’t Get Out Of
  4. Running to Stand Still
  5. Bad
  6. Sometimes You Can’t Make It On Your Own
  7. MLK
  8. With Or Without You

Cette setlist est hétéroclite en apparence … en apparence seulement. Elle suit en fait parfaitement les thématiques du scénario, tant dans l’ambiance de certaines scènes que dans le thème abordé par les chansons.

Deux cours de récréation de lycées, l’une dans les beaux quartiers de Philadelphie, l’autre dans le ghetto noir de la même ville. Dans les deux cas, des images de bonheur, d’insouciance, de jeunesse heureuse (une jeune fille qu’un copain invite au bal de Saint-Valentin, un jeune noir qui se tient en retrait et regarde les autres entrer gaiment dans le lycée). Ce bonheur est chronométré : il est saisi dans les deux endroits à 8h02. Et dans les deux endroits, ce Beautiful Day prend brutalement fin à 8h03, par l’assassinat simultané des deux jeunes protagonistes.

Outre la bande-son qui diffuse Beautiful Day, la référence à U2 est ici exprimée dans la façon d’utiliser l’heure comme métaphore de la Bible (comme c’est le cas sur la pochette de All That You Can’t Leave Behind ou dans les paroles de Unknown Caller). L’analyse religieuse n’est pas mon fort, mais j’ai cru comprendre que dans les Psaumes 80.2 (Devant Éphraïm, et Benjamin, et Manassé, réveille ta puissance, et viens nous sauver !) et 80.3 (Ô Dieu ! ramène-nous ; et fais luire ta face, et nous serons sauvés.) il est question d’un appel au retour de Dieu pour sauver l’humanité . Or ici, juste avant de mourir, le jeune noir dit "Mais envers qui pourrais-je être responsable, alors que vous refusez de me voir ?". Autrement Dit, le recours à Dieu pour suppléer la démission morale des hommes (très "Bono", comme propos, non ? en tou cas, ça fait penser à "40")

Comme le montre le déroulé de l’épisode et de la bande son, il s’agit ici d’une critique contre la destruction de la famille, l’absence des pères et les ravages de la drogue. Des thèmes chers à Bono.

Sur le plan du scénario, les deux meurtres sont liés, parce que les deux victimes se sont croisées dans un contexte très particulier. Le jeune noir est un petit dealer qui tente d’imposer sa loi sur le quartier ; la jeune fille est une « fille-courage » qui porte à bout de bras sa mère, tombée dans la drogue après le départ de son mari. Les deux se croisent dans un squat, et de cette rencontre, nait le sentiment, chez le dealer, qu’il peut se racheter, que la drogue est une impasse. Ces thèmes sont ceux que U2 a abordés dans Bad, dans Running to Stand Still (deux titres superbement utilisés pour accompagner les flashbacks qui montrent des scènes de « vie quotidienne » dans le squat), mais aussi dans MLK (par référence notamment aux rêves d’un noir qui voulut changer la destinée de ses semblables et qui en mourut).

Autre thème abordé dans cet épisode, celui de la perte de l’amour et de l’amitié (même si ici l’amitié est basée sur des illusions et sur les impasses de deux communautarismes : celui du ghetto noir, et celui du ghetto riche, avec son cortège de mépris fondé sur l’argent et le cynisme des puissants). Thèmes développés par U2 notamment dans Window In The Skies (« Oh ne vois-tu pas ce que l’amour a fait à tous les cœurs brisés… Oh ne vois-tu pas ce que l’amour a fait à tous les cœurs qui pleurent… ») ou dans Stuck In a Moment You Can’t Get Out Of.

Seule « fausse note » dans le montage : Sometimes You Can’t Make It On Your Own, qui parle de la perte du père et de la solitude, dangereuse, qu’elle peut induire, est diffusée pour illustrer une scène au premier degré (le dealer qui cherche à s’en sortir en retournant à l’Ecole car il ne peut y arriver seul). En fait, ce titre aurait donné encore plus de corps à l’épisode s’il avait été diffusé à la place de Stuck In a Moment You Can’t Get Out Of, pour illustrer le désarroi de la famille après le départ du père. Mais bon, il faut bien faire des choix …

Enfin, With Or Without You est utilisée également au premier degré (du moins il me semble), sur la scène finale. Ceux qui suivent cette série connaissent bien cette scène, toujours la même, pendant laquelle les meurtriers sont arrêtés, et pendant laquelle les victimes apparaissent à leurs proches comme pour leur faire comprendre qu’avec ou sans eux, la vie doit continuer. Une scène au léger ralenti, d’une grande lenteur, qui n’est pas sans rappeler la lenteur des images, notamment de Bono, dans le clip de la chanson.

Au total, un épisode construit sur 7 titres de U2, en référence parfois au titre proprement dit, parfois (et c’est plus intéressant), au message de la chanson : l’absence

La version intégrale en anglais

 du père, la perte des repères moraux (et sans doute religieux), les ravages de la drogue. Un très bel épisode pour les fans de U2, qui balaie fort bien certains des grands thèmes de la discographie du groupe. Un épisode sans nul doute écrit par un très fin connaisseur de U2. A voir absolument si vous en avez l’occasion (pas de version française sur Internet à notre connaissance)

 

 

source:U2France

Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/U2-la-religion-la-drogue-le-pere,57007.html

 

Rédigé par guytou 87

Publié dans #U2 ACTUALITEES

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