BONO ET JIM SHERIDAN "FRERES" D'ARMES

Publié le 12 Décembre 2009

Bono et le réalisateur de ’Brothers’ Jim Sheridan partagent un lien.

par Geoff Bucher

Bono et The Edge ont é"crit “Winter” spécialement pour le film de Jim Sheridan, “Brothers.” (Jay L. Clendenin / Los Angeles Times)

En 1977, un adolescent irlandais du nom de Paul Hewson s’inscrivait pour des cours de mime au Project Arts Center de Dublin. C’était là la toute dernière fois que Bono, c’est ainsi que Hewson se fait appeler aujourd’hui, une quelconque tentative sérieuse pour rester silencieux sur scène. Et pourtant, cette classe dans ce collectif de cours d’art dramatique avant-gardiste a permis une amitié qui dure toujours entre Bono et Jim Sheridan, le leader des arts qui deviendrait le metteur en scène le plus célébré d’Irlande (NDLT : je dirais plutôt l’un des... il y en a tout de même d’autres excellents tels que Neil Jordan, pour n’en citer qu’un !).

"Jim et nous partageons une relation qui relève de l’alchimie", d’expliquer Bono à propos du lien qui unit la formation rock irlandaise et le metteur en scène six fois nominé aux Oscars, qui était également à la tête il y a bien longtemps d’un lieu à Dublin dédié à la musique et aux arts. "L’Arts Center était une sorte de groupe de théâtre progressif dirigé par Jim et son frère, Peter, et toutes sortes de personnages s’y retrouvaient. Je crois que la première fois que nous avons joué sous le nom de U2, c’était dans le cadre d’un truc du nom de Dark Space, un festival de musique de 24 heures dans cette espèce d’entrepôt appelé le Project Arts Center. Cela représente tant d’histoire pour nous.... "

Le chapitre suivant de cette histoire est "Brothers", le film dévastateur de Sheridan au générique duquel figure la nouvelle chanson envoutante de U2, "Winter", spécialement écrite pour ce long métrage. La trame repose sur l’axe de la famille, la guerre et la rédemption — il s’agit d’une sorte de "Best Years of Our Lives" (les meilleures années de nos vies) pour les troupes dans ce cœur américain moderne à l’époque du Wal-Mart, à l’économie dure, avec YouTube et le camouflage du désert.

Ce film, à l’affiche depuis vendredi aux Etats Unis, raconte l’histoire des frères Cahill, Sam (Tobey Maguire), père de famille et leader sur le champ de bataille en Afghanistan, et Tommy (Jake Gyllenhaal), le mouton noir de la famille fraichement sorti de prison. Sam est marié à Grace (Natalie Portman), qui pleure d’abord son mari lorsqu’on lui annonce qu’il est mort au combat puis découvre qu’il est vivant. Le Marine qui revient à la maison pourtant est très différent de l’homme qu’elle a épousé et porte un lourd secret depuis les rangs des lointaines montagnes.

Ce film est le remake du film danois sorti en 2004, "Brødre", unanimement salué par la critique et Sheridan confie qu’il était réticent à prendre "un très bon film" pour le transposer en Amérique mais les éléments de l’histoire étaient bien trop fascinants pour laisser passer cette opportunité. Bono souligne qu’avec les autres membres de U2the Edge, Larry Mullen Jr. et Adam Clayton — il a "trifouillé, improvisé et essayé de trouver quelque chose" selon les mêmes thématiques.

"Nous avons vu l’image et nous nous sommes dit : ’Oh, ouais’, c’est exactement là où nous voulons aller. Nous avons rapidement esquissé le personnage de ’Winter’ et il repose — pas littéralement, on n’essaie pas de faire cela — sur ce moment du film où [le personnage de Maguire] est enfermé dans un trou. Dans ma tête, ce personnage commence à gratter un journal."

Le texte de "Winter" : "Now I’m 25 (à présent j’ai 25 ans)

/ I’m trying to stay alive (j’essaie de rester en vie)

/ In a corner of the world (dans un coin perdu du monde)

/ With no clear enemies to fight (sans un ennemi défini à combattre)

/ It’s hot as hell (il fait aussi chaud qu’en enfer)

/ We’re like butter on toast (nous sommes comme le beurre sur le toast)

/ But there’s no army in this world (mais il n’existe aucune armée en ce monde

/ That can fight a ghost." (qui puisse combattre un fantôme)

Les éclats de cette imagerie conviennent à ce film mais ne sont pas une tentative de reflet de miroir, explique Bono.

"Si l’on prend les choses littéralement, l’on devient part de la narration et cela peut être irritant pour le réalisateur. Je pense qu’avec cette chanson, nous avons essayé d’aller à l’essentiel de l’histoire, la perte de l’innocence et les raisons qui font que les personnes se mettent en danger par amour pour leur pays. C’est une pensée riche, tout de suite, n’est-ce pas ?"

Les films ont eu une influence considérable sur U2 — ce n’est une surprise pour quiconque a observé sa carrière au travers des salles de concerts, les grandes narrations et les visuels forts au travers de ses vidéos musicales et sa photographie. S’il y a jamais eu un groupe qui aspirait à la fois au grand art et au populaire, c’est bien U2, mais cela ne prend même pas en compte l’influence que la musique de film a eu sur le groupe qui a créé des paysages sonores aussi différents que les couchers de soleil de l’ouest américain du "Joshua Tree" et les hurlements des sirènes de Berlin d’"Achtung Baby".

La musique de Giorgio Moroder pour "Midnight Express" et celle de Nino Rota pour les films de Fellini ont été des éléments clefs pour le groupe, aussi importants d’une certaine façon que les Beatles et les Ramones, selon Bono.

"A Dublin, les concerts n’étaient pas nombreux, aussi allions-nous au cinéma ... cela fait partie de qui nous étions en grandissant et de la musique que nous faisions. Il est très facile pour nous de voir les choses du point de vue du réalisateur car c’est ainsi que nous les envisageons."

Le grand plaisir de Bono a été d’échapper à son habituelle approche à la première personne en matière de songwriting. "C’est génial de ne pas avoir à creuser dans sa propre saleté et de trouver des diamants sur le sol de quelqu’un d’autre."

Et Edge d’abonder : "Se mettre à la place de quelqu’un d’autre pour travailler est toujours amusant.... cela peut mener à toutes sortes d’opportunités, et dans ce cas, elles sont arrivées rapidement."

Ca a payé par le passé pour U2. La chanson "The Hands That Built America" pour le film de Martin Scorsese, "Gangs of New York", a été nominée aux Oscars.

Et ce n’est pas la première fois qu’un film de Sheridan voit à son générique la musique de vieux amis. Le thème de "In the Name of the Father" était interprété" par Bono et Gavin Friday (autre Dublinois issu de la même classe de mimes "invisible walls" - murs invisibles). Friday et Bono ont également écrit "Time Enough for Tears" pour "In America".

Sheridan a également directement ajouté U2 au scenario de "Brothers" — dans l’une des scènes clefs, Grace et Tommy font une percée dans leur confiance et affection l’un envers l’autre tout en partageant un joint en écoutant "Bad" (l’un des standards du groupe au milieu des années 1980). Tommy balance une vanne s’attendant à ce que Grace soit fan de ’N Sync ; Sheridan confie n’avoir pas réfléchi à deux fois avant l’inclusion de ses vieux potes.

"Ca m’a semblé juste étant donné leur vie et la date, leur âge et l’histoire. Ca convient aussi est-ce ce que j’ai utilisé. La musique de U2 est la pierre angulaire de toute une génération."

Malgré ce beau compliment, Bono et sa bande n’ont pas eu à tendre les bras pour attraper toutes les fleurs que Sheridan leur a balancé sur ce projet. Il était exigeant tout simplement comme ils l’espéraient, fidèle à lui-même.

Et Bono de conclure en gloussant : "C’est comme avec la famille, mais cela sonne trop... facile. C’est loin d’être facile. Jim pousse les gens et nous aimons être poussés. Ce film parle d’amitié, des liens fraternels et, puisqu’on en parle, lorsque nous sommes avec Jim, nous parlons très peu d’autre chose."

Rédigé par guytou 87

Publié dans #U2 ACTUALITEES

Commenter cet article